« Genre et économie » les femmes actrices de développement 

Historique

En 2009, un programme du MAEE, le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes Français, nommé « Genre et économie: soutien aux femmes actrices du développement », a réuni pour trois ans 12 ONG françaises et une quarantaine de partenaires dans 6 pays d’Afrique de l’Ouest. Il vise l’intégration de l’approche genre dans des projets économiques, en vue de favoriser l’objectif d’égalité des femmes et des hommes, l’autonomisation des femmes, et le changement des mentalités.

Ce programme a été élaboré dans le cadre d’un programme mobilisateur du FSP, le Fond de Solidarité Prioritaire, qui permet au MAEE et aux ONG participantes d’innover et travailler de façon concertée, depuis la conception du programme jusqu’à son évaluation.

Il représente une des actions de mise en œuvre du Document d’Orientation Stratégique sur le genre, élaboré durant 2007 et approuvé en décembre 2007.

Qui participe au FSP Genre et économie ?

Le FSP Genre et économie comporte des actions portées par 12 ONG et des actions portées par des institutions. Sur un budget total de 3 M€ pour 3 ans, une enveloppe globale de 2,4 M€ a été attribuée aux projets des ONG, tandis que 600.000 étaient consacrés à des formations de femmes chefs d’entreprises par l’ENA, de cadres associatifs par l’OIT, toutes issues des mêmes pays africains, ainsi qu’à un projet d’UNIFEM sur le commerce frontalier.

Les 12 ONG se sont regroupées en deux consortiums, Tchiwara et Aglaé.

 Dans chaque consortium, des ONG spécialistes des questions de genre forment et accompagnent des ONG non spécialistes. Les ONG spécialistes se regroupent au sein d’un « pôle genre », pour échanger leurs outils et leurs méthodes. Enda Europe pilote le consortium Tchiwara.

Carte d'Afrique situant les pays de l'action Genre
Pays concernés par le consortium Tchiwara

Le FSP Genre et économie, comment ça marche ?

Les ONG du « Pôle genre » forment les professionnels des ONG des consortiums lors d’ateliers annuels, suivent les projets, participent à des formations sur le terrain, et font remonter les résultats et des recommandations lors de rencontres régulières du Comité de Pilotage. Le Comité de Pilotage est composé de délégués de différents départements du MAEE, de l’AFD (Agence Française de Développement), et du réseau Genre en Action. Il approuve les rapports intermédiaires et les modifications apportées aux projets au fur et à mesure de l’avancée du programme.

Des formatrices et formateurs africains ont également été identifiés pour réaliser des ateliers et suivis dans chaque pays. Elles et ils sont invité-es aux ateliers annuels.

La recherche-action participative a été privilégiée. Plusieurs outils ont été utilisés en complément des formations techniques : parcours de vie, ateliers de réflexion-formation, budgets-temps, profils des activités, cartographie de la division des tâches et des territoires, causeries-débats, information sur les droits des femmes

En phase de capitalisation durant 2012, le programme a montré l’importance d’un accompagnement dans la durée pour le renforcement technique, personnel, organisationnel des femmes simultanément avec un plaidoyer auprès des institutions et des maris.

Des stratégies émergent : changement social par la négociation plutôt que l’affrontement, analyse des pratiques organisationnelles mixtes et féminines, évolution des métiers masculins et féminins, accès et contrôle des ressources en particulier du foncier.

Présentation du consortium TCHIWARA

7 ONG membres du consortium TCHIWARA travaillent ensemble : Enda Europe, Enda Pronat, Afrique Verte, l’Association pour la Formation et le Développement Humain (ASFODEVH), Agronomes et Vétérinaires sans frontières (AVSF), le Groupe d’échanges Technologiques (GRET), et TECH-DEV.

Ces ONG développent des projets au Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Togo et Bénin, avec environ 30 partenaires : des associations locales et des organisations de transformatrices de produits agricoles destinés à l’alimentation des villes et des campagnes.

Femme portant son ordinateur sur la tête

Certaines d’entre elles appartiennent à des groupements ou fédérations mixtes, d’autres ont créé des groupements et réseaux féminins. La plupart de ces organisations a atteint une envergure de plusieurs centaines de membres, voire plusieurs milliers, grâce à des années de travail. Nées pour certaines dès les années 80 suite à la dévaluation du FCFA et au brusque appauvrissement de la population africaine, ces organisations ont été créées par des femmes qui voulaient au départ compenser la perte d’emploi ou d’activité de leurs conjoints. Peu à peu elles ont structuré leurs organisations et réseaux. .

La plupart de ces groupements a une expérience consolidée et une grande richesse organisationnelle, qui remettent en question les stéréotypes sur les femmes Africaines Il existe cependant des handicaps réels pour l’autonomisation et l’augmentation de la qualité de vie de beaucoup de femmes: les freins à la scolarisation des filles, l’analphabétisme des adultes, une place secondaire dans la direction des organisations mixtes, dans l’appropriation des technologies, dans la course à la professionnalisation, dans la commercialisation des produits, l’accès à la main d’œuvre, à la terre, à des locaux ou au crédit. Elles souffrent également du manque d’infrastructures, de services sociaux.

 

Tissu peint montarnt une femme avec un cartable

Mais les femmes sont riches également de leur capital social constitué d’années d’expérience accumulées et de pratiques solidaires et d’échanges qui représentent pour elles et pour leur pays un patrimoine significatif.

Un grand nombre d’entre elles a reçu des formations au « leadership », au management, à la prise de parole publique, au développement personnel, et des formations techniques destinées à la professionnalisation de leurs activités, à la comptabilité. Elles ont créé des filières de transformation pour générer une plus grande valeur ajoutée, et mieux nourrir leurs familles, ou alimenter le marché local, elles ont créé des caisses d’épargne et de crédit en améliorant les traditionnelles « tontines », elles ont constitué des mutuelles de santé pour faire face à ces dépenses et protéger leurs familles, elles ont promu des innovations dans les cultures, la production de produits naturels sans produits chimiques ni toxiques et obtenu des labels « agriculture saine et durable », « bio » ou « commerce équitable ».

Toutes ces activités génératrices de revenus ont en partie changé leur niveau de vie et développé leur citoyenneté, elles ont maillé le territoire, tant au niveau rural qu’urbain et ont gagné une place dans des instances décisionnelles : Communautés Rurales, ou Chambre de commerce.