Reconnaitre que les femmes travaillent plus que les hommes

Les femmes africaines travaillent plus que les hommes si on inclut le travail domestique et communautaire. L’intensification de leurs activités et responsabilités économiques peut permettre des gains d’autonomie, mais aussi une extension de leur journée de travail, une réduction du temps de repos, une invisibilité de leurs apports… si on ne change pas les relations entre les femmes et les hommes et les politiques publiques d’équipements.

« les entreprises indépendantes –des femmes- dérivent de leur statut en tant qu’épouses/co-épouses/sœurs/mères/veuves/filles etc.,  dans les ménages dirigés par des hommes. Le statut d’épouses/mère/sœur peut déterminer le type particulier de ressources qui sont à disposition des femmes. Les possibilités offertes à une femme pour son entreprise personnelle peuvent changer selon la période de sa vie. L’une des principales limites découlant de ces relations est que les entreprises personnelles des femmes sont subordonnées à l’entreprise familiale et parfois la concurrencent. Les exigences du chef de ménage ou du mari sur le travail de sa femme ne sont pas réciproques et constituent une limite. La portée des obligations faites aux épouses d’apporter leur travail à leur mari est une contrainte essentielle pesant sur le développement de leurs entreprises personnelles. C’est souvent une contrainte plus insurmontable que celle de l’accès à d’autres moyens de production tels que la terre, les petits capitaux, etc…(…) »1
Chaque projet constituera un terrain d’analyse et d’observation participative dans ce domaine. Les négociations entre hommes et femmes (dans les familles et dans les organisations) autour de l’échange mutuel de travail et de l’accès à la main d’œuvre, ainsi que qu’autour de l’allocation des revenus pour la consommation personnelle et familiale et l’investissement pour les enfants, feront l’objet de diagnostics et d’analyses dans chaque contexte et de façon comparative.

En effet le développement des activités féminines génératrices de revenus ne se traduit pas nécessairement par un accroissement du bien-être et de l’autonomie des femmes. Il peut signifier une surcharge si les hommes diminuent leurs contributions quand leur femme  ou l’une de leurs femmes gagne davantage. La surcharge des femmes peut également augmenter si les services publics ou collectifs régressent dans le domaine de l’éducation, la santé, l’eau ou d’autres équipements de base. Elle peut survenir aussi du fait que les solidarités familiales, villageoises ou locales se modifient sous l’effet d’évolutions socioculturelles complexes. De plus en plus de femmes peuvent se retrouver seules chefs de famille.

Roberts Pénélope. L’accès des femmes rurales à la main d’œuvre en Afrique de l’ouest. Cahiers genre et développement N°2, AFED-EFI L’harmattan, Paris 2001, page 195.